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Les Achats Vert$ arrivent en Ville! BUYcott !


par François Thiboutôt,
Journaliste chroniqueur

 

Si vous vivez sur la même planète que moi, vous avez sans doute entendu, ne serait-ce qu’une fois, le nouvel adage qui dit « Acheter c’est Voter ». Ce constat, lucide et percutant, lancé par Laure Waridel  cofondatrice d’Équiterre, résume bien ce qu’est le nouveau créneau de la consommation responsable. Peu à peu les consommateurs ont compris  en effet, qu’ils ont un réel pouvoir d’influencer le monde qui les entoure, grâce à ce qu’ils achètent et à ce qu’ils n’achètent pas.  En se procurant un produit plus respectueux de l’environnement et des travailleurs, le consommateur donne le ton, cautionne, appuie, donc « vote » en quelque sorte pour de meilleurs biens de consommation et un monde meilleur. L’heure n’est plus au boycott, mais au BUYcott, ce qui est pas mal plus constructif ! En effectuant des achats verts, que ce soit des produits recyclés, biodégradables ou équitables, le consommateur responsable sait désormais qu’il peut non seulement dénoncer, mais surtout modifier des pratiques auxquelles il s’objecte. Et détrompez-vous, avocats du diable, il ne s’agit pas d’une simple tendance, il s’agit d’un véritable raz-de-marée.

C’est ce qu’ont pu constater récemment à la Biosphère quelque 120 participants, invités à se pencher sur ce que sont les « achats verts », si vous préférez, des achats éco-responsables.  À l’invitation du Réseau Environnement et du Centre d’expertise sur les matières résiduelles, la journée technique réunissait à la fois des participants du secteur privé, des gouvernements et des villes. Car ce pouvoir de changer le monde, concerne tous ceux qui consomment.  À ce chapitre d’ailleurs, nos gouvernements sont des joueurs majeurs, car ce sont de grands consommateurs. « Ouvrez les pages jaunes » me confiait en souriant Jean Chouinard le directeur du service des approvisionnements de la ville de Québec, « on achète à peu près tout ce qu’on retrouve là-dedans comme biens et services ». Ce n’est pas étonnant qu’environ 20% du PIB (Produit intérieur brut) au Québec comme au Canada, provienne des biens et services achetés par les administrations publiques. Les villes d’ailleurs ne sont pas en reste. Montréal injecte chaque année près de 1,3 milliard de dollars pour l’acquisition de biens et de services.  La ville de Québec investit quant à elle 450 millions en approvisionnements divers.

Jusqu'à maintenant bien des municipalités du Québec y allaient « à la pièce ». La ville de Québec par exemple,  a acheté  cette année une quarantaine de véhicules hybrides, convaincue avec raison, qu’il s’agissait là d’un achat vert car écologique.  À Montréal certains arrondissements priorisaient  déjà le mobilier urbain ou de bureau, fabriqué de matières recyclées. Mais depuis peu, on assiste à une réelle mouvance, plus structurée, plus encadrée, une véritable révolution vertes des mentalités. Même s’il reste encore beaucoup d’éducation à faire au sein des élus et du personnel, on en est déjà plus aux vœux pieux. C’est ainsi que Montréal s’est doté en avril 2005 d’un plan stratégique de développement durable, une initiative qui s’est vu décerner le prix des collectivités viables par la Fédération canadienne des municipalités. Mieux encore, depuis le la fin août, la métropole a adopté une politique d’achat de biens et de services axée sur le développement durable, et dont l’élaboration est en cours.


Dans la capitale nationale, on a aussi fait un grand pas. Québec a officiellement adopté sa politique d’achats verts, pas plus tard qu’en juin. Et c’est du concret! On s’est adjoint les services d’une éco-conseillère, provenant de la chaire en éco-conseils de l’Université du Québec à Chicoutimi. Pour chaque produit ou service acheté, on a commencé à produire des fiches-conseils, afin de favoriser les produits écologiquement préférables. Résultats? La presque totalité du papier utilisé est désormais composée de fibres 100% recyclées. On a opté pour des cartouches d’encre elles aussi recyclées, qui sont de surcroît beaucoup plus économiques. Les prochaines casernes de pompiers qui seront construites seront dotées d’un toit vert. Enfin, on mise désormais sur des produits d’entretien qui sont biodégradables. Et ça ne fait que commercer. Le secret, renchérit le directeur des approvisionnements de la ville de Québec, c’est d’y penser dès le début de l’élaboration des projets.


Et ça pourrait aller beaucoup plus loin encore. La ville de Québec vise désormais à ce que ses fournisseurs mettent à sa disposition des produits et services qui seront conformes aux lois et normes internationales du travail. Pour l’achat de vêtements par exemple, pour les mécaniciens, pompiers, policiers, on pourrait aller jusqu’à s’assurer que ces uniformes ne proviennent pas d’ « ateliers de misère », pour qu’ils soient  confectionnés dans le respect, et non dans l’exploitation des travailleurs et des enfants. Ira t-on jusqu'à acheter du café certifié équitable comme l’a décidé Via Rail cet été, et comme le préconisent les arrondissements montréalais du Plateau Mont-Royal et de Rivières-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles?  « Pourquoi pas ? » répond le directeur des approvisionnements de la ville de Québec Jean Chouinard « Après tout, des achats éco-responsables, ça veut dire non seulement qui respectent des critères environnementaux, mais aussi qui contribuent de façon certaine à améliorer la qualité de vie des agriculteurs et des travailleurs, c’est un tout ».

Évidemment, le virage  BUYcott ne se fera pas en criant Éco. Les villes qui décideront de prendre ce virage devront toujours naviguer, lors de leurs achats de biens et de services, avec la loi qui favorise le plus bas soumissionnaire. Mais l’introduction de nouveaux critères risque de verdir les prochains achats. D’autant plus que cela aura un effet d’entraînement sur les fournisseurs qui n’auront d’autre choix que de suivre le courant. Oui! Nos villes peuvent exercer un grand leadership, en influençant concrètement le marché, notamment par leur pouvoir d’achat.  L’ère du Buycott a-t-elle enfin sonné?

 

Information sur l'auteur

François Thiboutôt
Journaliste chroniqueur
François Thiboutôt est journaliste et chroniqueur.

Fort de 25 ans d’expérience à l’antenne de Radio-Canada, TQS, Télé-Québec et TVA, il consacre désormais son travail de communicateur engagé, à vulgariser les grands enjeux de la consommation responsable et du développement durable.

François Thiboutôt agit aussi comme consultant auprès d’entreprises et d’institutions désireuses de prendre un véritable virage vert.

Il est membre de l'AProDD
(Association des Professionnels en Développement Durable)

Au sein de l’Agence de conférenciers en environnement et développement durable « Terre à Terre » il présente aux quatre coins du Québec, sa conférence portant sur l'empreinte écologique intitulée « L’Urgence d’une Consommation Responsable ».

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