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Fluor or not Fluor ?
à l’eau, le débat…


par François Thiboutôt,
Journaliste chroniqueur

 

Vous connaissez le Fluor?  Vous êtes de ceux qui croient aux bienfaits de fluoriser l’eau potable pour combattre la carie dentaire chez les enfants ?  À vos yeux, ou à vos dents, c’est même un vieux débat, réglé depuis longtemps ? Eh bien peut-être pas, justement… À vrai dire, c’est loin d’être limpide tout ça. À l’approche de la journée mondiale de l’eau du 22 mars, la controverse, cyclique,  remonte d’ailleurs une fois de plus à la surface, cette fois, dans l’eau de Québec. Et ce ne sera pas la première ni la dernière fois, dans les municipalités québécoises, que les citoyens seront happés par ce débat, mordant. Car, en bout de ligne, ce sont les villes qui doivent décider de fluoriser ou non.
 
Toujours est-il que la Direction de la Santé Publique vient de recommander à la ville de Québec, d’étendre la fluoration de l’eau potable à l’ensemble de son territoire. C’est d’ailleurs ce qu’elle souhaite dans toutes les autres municipalités. La ville de Québec fluorise déjà son eau potable depuis 1972, avec de l’acide hexafluorosilicique, mais les fusions municipales de 2002 l’obligent à réexaminer cette décision. La capitale a dû en effet, multiplier les branchements de son réseau d’aqueduc fluoré, avec ceux des anciennes municipalités, où on ajoute pas de fluor.  Or, la dilution du fluorure, lorsqu'il se mélange avec l'eau des autres réseaux, diminue d'autant son impact.  D'où le dilemme pour la mairesse Andrée Boucher, qui se demande «Je m’arrête ou je continue ? Stop ou encore?» Ou bien on étend la fluoration partout, ou bien on l'arrête… À première vue, tout baigne… La Direction de la Santé Publique soutient que la décision va de soi, car depuis 60 ans, la fluoration de l'eau potable est, et demeure, le moyen le plus efficace de prévenir la carie dentaire chez les enfants, de leur naissance jusqu’à 12 ans.  J’avoue d’entrée de jeu que je ne suis pas spécialiste, mais si mes vingt années de pratique journalistique m’ont appris une chose, c’est que rien n’est jamais tout à fait noir ni tout à fait blanc et qu’il vaut mieux varier ses sources d’information. Bref, je ne suis pas prêt à boire les paroles du DSP et le Renouveau municipal de Québec non plus. L'opposition, dirigé par Anne Bourget, détient la majorité au conseil municipal de Québec, et pourrait donc voter pour l’arrêt de la fluoration.  Car il y a de quoi nager entre deux eaux…surtout après avoir scruté l’étonnante et très étoffée revue de presse scientifique, rassemblée par le groupe Action Fluor Québec.

Car une grande partie de la  communauté scientifique a  beau toujours claironner à belles dents, les avantages de la fluoration pour réduire la carie dentaire chez les enfants issus de familles défavorisées, ce ne sont pas tous les experts qui s’entendent sur ses bienfaits. La tendance planétaire tend même plutôt à diminuer ou à cesser la fluoration. Ainsi, si un peu plus de la moitié des villes canadiennes et américaines fluorisent leur eau potable, au Québec, on a la dent beaucoup plus dure face au fluor. Le scepticisme à l’égard de la fluoration est tel, que moins de 7 % de la population québécoise boit de l’eau fluorée. Les villes, à qui on a refilé la responsabilité de fluoriser ou non l’eau potable, ont en effet décidé de jouer de prudence. Tout comme à Montréal, Sherbrooke, et dans ces centaines d’autres villes du Québec, dont ma petite ville natale de Rivière-du-Loup, on a toujours refusé et où on refuse encore de fluoriser l’eau, en raison de cette controverse. Après tout, en toxicologie, le fluorure est reconnu comme étant un produit plus toxique que le mercure et le plomb et à peine moins toxique que l’arsenic, et ce, même à très faible dose. D’autant plus que la décision de fluoriser l’eau soulève de pertinentes questions éthiques. Bien des citoyens résistent à se voir administrer contre leur gré une médication quotidienne forçée, qui de surcroît ne s’adresse pas à toute la population. Tant qu’a y être ajoutons dans l’eau, des vitamines, des casse-grippe, ou des anti-dépresseurs ?


Il faut  dire que  depuis les trente dernières années, plusieurs études sont venues ébranler ce que la coalition Action Fluor Québec n’hésite pas a qualifier de propagande. Car certaines études scientifiques portant sur les bienfaits du fluor en sont venues à de surprenantes conclusions.  Il y a moins de caries à Vancouver, où l’eau n’a jamais été fluorée, qu’à Toronto  soutient  le Dr Hardy Limeback, chef du département de Prévention dentaire à l’Université de Toronto. Ce dernier, longtemps partisan et défenseur du fluor, en est venu au fil des ans, à le dénoncer et le déconseiller désormais… En 1999, le Dr David Locker et ses collègues de la faculté d’art dentaire de l’université de Toronto, une institution pourtant favorable à la fluoration au cours des 50 dernières années, ont effectué une étude bibliographique de 268 recherches effectuées entre 1994 et 1999 sur les effets de la fluoration dans la réduction de la carie dentaire. Leur conclusion ?  La fluoration ne réduit pas la carie dentaire et l’interruption de la fluoration ne provoque pas d’augmentation de caries chez les enfants. Prenez par exemple la ville de Cincinnati, qui malgré le fait qu’elle ait  fluoré son eau il y a dix ans, connaît malgré tout, une épidémie de caries dentaires. Pendent ce temps le taux de caries n’a pas augmenté en Nouvelle-Zélande et en Colombie-Britannique, alors qu’on a pourtant cessé la fluoration de l’eau

Vous en voulez encore ?  La prestigieuse américaine National Academy of Science, a  émis en 1996 un rapport qui démontre que la fluoration de l’eau peut même avoir des effets néfastes sur la santé. Elle reconnaît, que même s’il est ajouté à l’eau potable en très faible dose, le fluorure peut s’attaquer au système nerveux central, au système glandulaire, au système immunitaire, à l’appareil génital et à la structure osseuse. Il y a de quoi en perdre son dentier ! Pendant ce temps notre Direction de la Santé publique, qualifie ce débat d’émotif…

Ce n’est donc pas pour rien que la quasi-totalité de l’Europe a rejeté la fluoration de l’eau. C’est le cas en France, en Suède,  en Allemagne,de même qu’ en Belgique, en Autriche, en Norvège et au Luxembourg. L’Écosse vient aussi de rejeter le projet d’ajouter du fluorure à l’eau potable. En Suisse, Bâle était la dernière ville à fluoriser l’eau potable et on a décidé de stopper le programme en 2003. En Finlande, la fluoruration de l’eau s’est terminée en 1992 dans la ville de Kuopio. En Hollande, un procès historique devant la Cour Suprême a même décrété qu’il n’existe pas de fondement juridique en faveur de la fluoration. Enfin, en Irlande du Nord, les deux seules villes qui fluorisaient leur eau, ont cessé de le faire peu avant l’an 2000. Je n’en rajoute pas, le vase  déborde….Troublant, non ? En Europe, comme de plus en plus ici au Québec, on semble avoir compris que la meilleure façon de prévenir la carie, ce n’est pas en ajoutant du fluor après coup, mais en misant sur la prévention. Pour combattre la carie chez les jeunes, vaut mieux en effet que les enfants consomment moins de sucreries, davantage de fruits et de légumes contenant du calcium et du magnésium, et surtout qu’ils pratiquent au quotidien, une bonne hygiène dentaire.

D’ailleurs, même si l’Association dentaire canadienne continue d’appuyer la fluoration , vingt-cinq dentistes diplômés du Québec ont décidé de s’élever contre cette pratique et se sont regroupés au sein de l’Association de Médecine dentaire holistique du Québec. À leurs yeux, vaut mieux miser sur l'éducation en matière de santé dentaire et l'usage de scellants à puits et fissures où débutent 83% des caries. Comme quoi, même certains dentistes peuvent aussi avoir une dent contre la fluoration.
Alors ? Fluor or not Fluor ?

 

Information sur l'auteur

François Thiboutôt
Journaliste chroniqueur
François Thiboutôt est journaliste et chroniqueur.

Fort de 25 ans d’expérience à l’antenne de Radio-Canada, TQS, Télé-Québec et TVA, il consacre désormais son travail de communicateur engagé, à vulgariser les grands enjeux de la consommation responsable et du développement durable.

François Thiboutôt agit aussi comme consultant auprès d’entreprises et d’institutions désireuses de prendre un véritable virage vert.

Il est membre de l'AProDD
(Association des Professionnels en Développement Durable)

Au sein de l’Agence de conférenciers en environnement et développement durable « Terre à Terre » il présente aux quatre coins du Québec, sa conférence portant sur l'empreinte écologique intitulée « L’Urgence d’une Consommation Responsable ».

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