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Non, mais… Pourquoi vous faites une grimace pareille ? Vous ne saviez pas que les ACV pouvaient avoir du bon ? Eh bien oui… J’ajouterais même que, je souhaite sincèrement qu’à l’avenir, il y en ait, de plus en plus… Plus fréquents et nombreux seront les ACV, et mieux ce sera, pour tout le monde, et particulièrement pour la qualité de notre environnement… Bon… Vous êtes en train de vous dire que je suis devenu fou, tordu, fêlé, voire dangereux? Depuis quand, après tout, un ACV, ça pourrait être bon ? Ah Ahhh ! Comme dirait l’autre… Je vous ai bien eu !!! J’ai utilisé une vieille tactique, racoleuse à souhait, abondamment éprouvée dans bien des médias. S.V.P . ! Ne m’en veuillez pas… C’est tellement difficile, quelquefois, de capter votre attention… surtout quand le sujet est à première vue un peu technique et disons-le, pointu. Alors, on exagère un peu, intentionnellement, et pas toujours subtilement, pour susciter votre intérêt, et ensuite on pondère, évidemment, le propos…
Vous aurez sans doute compris qu’on ne parle peut être pas, vous et moi, des mêmes ACV ?! Qui, pourrait en effet promouvoir les bienfaits des accidents cérébro-vasculaires ? En passant, on dit maintenant accident vasculaire cérébral. Mais revenons à nos moutons ! Moi je vous parle d’un tout autre type d’ACV… L’Analyse du Cycle de Vie… Si l’environnement, vous tient à coeur, ne partez pas tout de suite. Vous ne le regretterez pas, car l’ACV est en train de devenir un « must », une notion incontournable, pour guider nos choix de consommateurs et de gestionnaires, interpellés par le développement durable. Qui sait, peut-être que dans 20, 40 ou 60 ans, vous pourrez dire, avec une voix tremblotante d’émotions, « C’était la première fois que j’entendais parler de l’ACV ».
L’Analyse du Cycle de Vie, c’est une méthode scientifique qu’on appelle aussi l’écobilan. C’est un outil très sophistiqué qui permet de tout savoir, ou presque, sur les impacts environnementaux et même sociaux d’un produit ou d’un service. Pour obtenir un portrait aussi précis, des scientifiques, ingénieurs, chimistes, écotoxicologues, mesureront toutes, je dis bien toutes, les étapes qui jalonnent la vie d’un produit. On peut en effet, de cette façon, analyser autant le cycle de vie d’une ampoule, d’un bloc de tofu, que celui d’un réfrigérateur ou d’un véhicule. Et on ne se contentera pas de regarder si le produit est recyclable ou fabriqué de matières recyclées. On va plutôt analyser le cycle complet de sa vie, « du berceau au tombeau ». On peut en effet de cette façon quantifier l’impact environnemental qu’aura par exemple, un téléphone cellulaire ou un ordinateur portable.
Pour se faire, on quantifiera les répercussions environnementales de l’extraction et du raffinage des matières premières nécessaire à sa fabrication, mais aussi l’impact de sa production, de son emballage, de son transport et de son utilisation, jusqu’à la toute fin de vie du produit étudié, c'est-à-dire son élimination ou mieux, son recyclage. Mais pourquoi s’attarder à chacune des étapes du cycle de vie d’un bien de consommation ? Eh bien parce que chaque étape du cycle de vie d’un bien de consommation, consomme des ressources comme du pétrole, de l’eau, du bois, des minéraux, des métaux de même évidemment que de l’énergie, qu’on va précisément calculer. On mesurera aussi ce que chaque étape génère comme impact, sur le réchauffement de la planète, le smog, les gaz à effet de serre, ou une type particulier de pollution de nos cours d’eau. On pourra même calculer l’impact social que pourrait avoir la production d’un bien de consommation sur par exemple, la santé ou la sécurité des travailleurs. Ne soyez pas surpris, lorsqu’on parle développement durable, on se doit de mettre l’humain, au centre de nos préoccupations économiques et écologiques. Tous ces éléments feront partie du portrait détaillé de chaque produit analysé.
Ça a l’air très compliqué, pour une très bonne raison, vous savez laquelle ? C’est compliqué, vraiment. Mesurez l’impact d’une « simple » ampoule fluorocompacte, comporte, tenez-vous bien, pas moins de 573 points d’information et d’analyse… Alors, imaginez un ordinateur ou une automobile. Mais c’est malgré tout, sans conteste, un puissant outil qui va enfin nous permettre de faire de meilleurs choix de consommation, et de mieux nous guider dans notre défi collectif d’un développement durable. La preuve ? L’ACV est le choix du programme des Nations Unies pour l'environnement. La prometteuse approche, rallie de plus un nombre croissant de gouvernements et de grandes entreprises, qui utilisent la gestion du cycle de vie dans leurs opérations. Ils l’exigent même déjà de leurs fournisseurs, qui sont bien souvent des PME. L’approche est d’autant plus incontournable, depuis sa normalisation ISO 14040, internationalement reconnue.
Vous n’en aviez pas encore entendu parler ? Normal ! Nous sommes encore au début de l’aventure ACV. Cependant, le Québec est aux premières loges de cette gratifiante percée. Connaissez-vous le CIRAIG ? C’est notre Centre Interuniversitaire de recherche en analyse du cycle de vie des produits, procédés, et services. Il a été créé en 2001 par l'École Polytechnique de Montréal, l’Université de Montréal et les HEC. Mais ce qu’il y a d’encore plus récent, c’est la création d’une Chaire Industrielle Internationale en Analyse du Cycle de Vie, il y a de ça, moins d’un an. Grâce au soutien d’une dizaine de grandes entreprises comme Alcan, Cascades, Bell, Desjardins et plusieurs autres, 4,5 millions de dollars y seront investis au cours des 5 prochaines années, pour développer l’approche, et la communiquer aux entreprises comme aux consommateurs. C’est le premier centre de recherche voué à cette approche, au Canada. Une cinquantaine de scientifiques y sont engagés.
Et c’était sérieusement le temps qu’on développe l’ACV… Parce que vous et moi, lorsqu’on veut acheter un produit vraiment vert, vous ne trouvez pas qu’on doit souvent faire une profession de foi, et mettre de côté, notre esprit critique ? À défaut d’une certification crédible ou d’un label reconnu, on marche vraiment dans le brouillard, lorsqu’un savon, une collation, ou un nombre croissant d’articles portent la mention « Naturel », « Vert » « Écologique », ou « Santé »…. Ce sont de bien belles valeurs, mais, leur seule mention sur un emballage ou une publicité ne nous garantit, R.I.E.N. Il était temps qu’en consommateurs avertis et responsables, on puisse se baser sur des bases scientifiques, sérieuses et crédibles, et pas seulement sur des slogans auto proclamés par les compagnies productrices, désireuses d’exploiter le filon (voir mon article sur le greenwashing ( entrevue.asp?ID=46814 ). Cela dit, ce n’est pas pour demain, que naîtra une écocertification qui serait basée sur l’ACV, et qui pourrait nous faciliter notre consommation par un simple coup d’œil sur l’emballage. Je vous le rappelle, nous sommes au tout début de cette belle et prometteuse avenue. Mais ça s’en vient… nous promet-on, mais pas avant au moins 5 ans ais-je compris, et surtout pas sur tous les produits… Car la démarche est complexe, et le CIRAIG est très sérieux. Alors, on prend le temps de bien faire les choses, en développant un modèle qui tiendra compte de notre réalité nord-américaine, au plan climatique, énergétique et environnemental. D’ici là, certains achats demeurent pour le moins inspirants et constituent des exemples aux yeux du CIRAIG. Connaissez-vous la chaise « Think » de la compagnie StellCase… Ce n’est pas pour rien qu’elle a gagné le 1er prix d’Excellence en Design de l’IDSA (Industrial Designers Society Of America). Cette chaise de bureau, est constituée de 41% de matériaux recyclés, et elle est recyclable en fin de vie, à 99%. En plus, on peut totalement la démonter en 5 minutes. Pratico-Écolo-Pratique !
Ce qui me fascine avec l’ACV c’est que cette méthode va nous permettre d’aller au-delà de bien des mythes. Prenez les sacs de papier par exemple… Vous croyez sans doute qu’ils sont un bon choix, car après tout ils sont faits d’une ressource renouvelable.En plus ils sont recyclables, et même biodégradables ? C’est vrai ! Mais quand on procède à l’analyse de leur cycle de vie, on s’aperçoit bien vite que leur fabrication et leur distribution commerciale requièrent beaucoup plus d’énergie et d’eau que mes « amis », les sacs en plastique. Donc= Bémol. J’assistais tout récemment à Montréal, à Cycle 2007, le 3e Forum canadien sur L’ACV organisé par le CIRAIG, et j’ai été étonné de voir comment bien d’autres mythes pourraient aussi tomber lorsqu’on appliquera l’analyse du cycle de vie. Prenez par exemple les produits locaux, réputés pour être un meilleur choix environnemental, notamment par ce qu’il voyagent moins… ce qui est ma foi, tout à fait juste. Lorsqu’on les scrutera avec la loupe ACV, on pourrait bien avoir certaines surprises. Prenez la tomate de serre du Québec. L’analyse sommaire du Cycle de vie fait par le CIRAIG est révélatrive, car même s’il s’agit d’un produit local, il faut savoir que la recherche et le développement (R&D) ont été faits en France, les graines sont produites en Chine, retournées en en France pour y être traitées, les semis eux sont cultivés en Ontario, pour être ensuite transportés et cultivés, au Québec… Ça ne leur enlève rien, c’est un excellent produit local, me direz-vous avec raison, mais ça risque de pimenter l’analyse de son impact sur l’environnement.
Mais bien au-delà des mythes qui risquent de tomber, en tout ou en partie, l’ACV nous permettra de comparer des produits lorsque viendra le temps d’acheter. J’animais ces derniers jours une table ronde sur les achats responsables dans nos écoles, à l’invitation de l’Association des Cadres Scolaires. Vous auriez dû voir l’intérêt des responsables de l’approvisionnement en découvrant les possibilités offertes par cette approche scientifique. Eux qui sont déjà allumés à la cause environnementale et à la démarche développement durable, y ont vu enfin une façon éclairée de guider leurs acquisitions de produits d’entretien, de papiers, de matériaux, et d’équipement d’éclairage. À la seule différence, que dans un proche avenir, ils pourraient bien disposer d’une grille d’achat, leur permettant d’aller beaucoup plus loin que leur manifeste bonne volonté. Un exemple ? Un des partenaires du CIRAIG, est RONA. Plusieurs milliers d’items seront donc d’ici peu comparés, peintures, colles, recouvrements, outils et vis, afin de déterminer, entre 2, 3 ou 10 modèles, lesquels ont le meilleur profil environnemental. Pas mal hein ?
Je vous le dis, l’ACV à de l’avenir. L’approche à même de fortes chances d’être stimulée sur un plan plus politique, et je m’explique. Car on développe de plus en plus ici au Québec, enfin, le principe du pollueur payeur. Après avoir forcé les producteurs et distributeurs de peinture, d’huile, de pneus, et récemment de contenants, d’emballages et d’imprimés à payer la note du recyclage de leur produit, le gouvernement du Québec s’apprête à aller encore plus loin. Dans un proche avenir, Québec imposera aussi aux producteurs d’ordinateurs et de matériels électroniques, de même qu’à l’industrie des piles, et des ampoules au mercure, l’obligation de financer la récupération de leur produit. Quant à moi, c’est un contexte très prometteur, qui incitera les pollueurs à minimiser à la base, l’impact environnemental de leur produit. Gageons qu’ils comprendront rapidement les avantage$ d’analyser le cycle de vie de leurs produits, pour en minimiser l’impact environnemental dès la conception. Cà c’est toujour$ un argument qu’il$ comprennent…car il se conjugue, en billets vert$.
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