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Si je vous demandais, quelles sont les 5 plus belles villes du Québec? Quel serait votre choix et où irait votre vote? Je sais, ça n’a rien de scientifique, d’autant plus que la beauté c’est sensuellement relatif et surtout très discutable… Alors, comme je n’ai pas envie de me lancer dans un très discutable palmarès je vous demanderais plutôt : Quelles sont selon vous, les 5 poubelles villes du Québec? Alors là, pas de controverse! Tout le monde s’entendra! Les 5 poubelles villes du Québec sont Lachenaie (Terrebonne), Sainte-Sophie, Lachute, St-Thomas-de-Joliette et St-Nicéphore. Il y a beau y avoir près d’une soixantaine de sites d’enfouissement au Québec, je vais vous mettre au parfum d’un petit secret… Ce sont ces 5 destinations qui ont la cote. Ce ne sont vraiment pas des destinations vacances, ni des destinations soleil, plutôt, des destinations « écoeurantes » (pour une fois qu’on utilise ce mot à juste titre).
Car nos poubelles débordent au Québec… On a beau récupérer et recycler de plus en plus, n’empêche que de 1994 à 2006, la production de cochonneries, pardons, la production de matières résiduelles des Québécois a presque doublé. Or 70% des 5,5 millions de tonnes de déchets qui prennent toujours la route du dépotoir, annuellement au Québec, se dirigent dans un de ces 5 méga sites que sont justement Lachenaie, Sainte-Sophie, Lachute, St-Thomas-de-Joliette et St-Nicéphore. En passant, au Québec dorénavant, on ne dit plus décharge, dépotoir, ni lieu d’enfouissement sanitaire, pour désigner ces cimetières où s’empilent les défunts témoins de notre surconsommation. On les nomme désormais « LET », c'est-à-dire, Lieu d’Enfouissement technique. Je ne sais pas qui est le petit futé qui a inventé cette nouvelle dénomination, mais moi j’irais jusqu’à dire que c’est vraiment une bonne trouvaille. Pour avoir déjà visité quelques-unes de ces nauséabondes nécropoles, c’est effectivement LET, même très LET.

Mais comment se fait-il qu’autant de nos malodorantes immondices prennent la route de ces paradisiaques destinations? Sachez ce qui suit… Vos ordures, même si elles n’ont pas la grâce et l’aérodynamisme de nos oies blanches et de nos bernaches, sont de grandes voyageuses. Certains sacs, voyageraient même davantage chaque semaine, que certains d’entre vous. Vous connaissez le phénomène baptisé « Pas dans ma cour » ? Eh bien, il ne s’est jamais aussi bien appliqué qu’à nos ordures. Lorsque vous vous débarrassez de vos sacs de déchets, avouez que non seulement vous ne savez pas ou ils s’en vont, mais que vous vous en SACrez de le savoir. Comme pour un bon mal de tête, tout ce que vous voulez vraiment, c’est de vous en débarrasser, non? C’est ce qui se passe avec nos matières résiduelles…
Commençons doucement avec les petits voyages de courtes distances… Prenez par exemple les ordures de notre belle grande métropole. Depuis la fermeture de la carrière Miron au milieu des années 90, les déchets de Montréal quittent l’île. Oh, ils ne vont pas bien loin… Tout comme les déchets de Laval, la moitié des 920 000 tonnes de déchets de Montréal s’en va par exemple vers le site de Lachenaie, à Terrebonne. Et savez-vous ce qu’on dit aux millions de sacs noirs, verts ou blancs lorsqu’ils aboutissent dans cette nécropole? On leur dit évidemment : Glad to see you ! Ce n’est qu’à 29 kilomètres… Alors quel est le problème? Le problème, c’est que ça représente annuellement plus de 85 000 voyages de camions. En 2006, le maire Gérald Tremblay dans un reportage diffusé à Radio-Canada avouait que cela représentait une distance de pas moins de 3 millions de kilomètres, soit l’équivalent de 85 tours de la planète. Et ce n’est qu’un exemple.
Attirés par le très bas prix demandé par BFI (Browning Ferris Industries) à Lachenaie, Waste Management à Ste-Sophie et St-Nicéphore près de Drummondville, et même par certaines régies régionales comme celle de la Mauricie à St-Étienne-des-Grès, bien des élus expédient les déchets là ou cela leur coute le moins cher. C’est non seulement tout à fait légal, mais ne payer que 20, 40 ou 70 $ pour se débarrasser d’une tonne de déchets, plutôt que 100, 125 ou 150 $ la tonne, ça fait le bonheur de leurs citoyen$. Le jeu de l’offre est roi. Choisir le plus bas soumissionnaire est la loi… Sauf que nos élus, bien souvent, ne savent même pas où vont les déchets de leurs commettants. On connait, car on l’a choisi, la compagnie qui vient cueillir les ordures, mais on ne sait pas ensuite où elles s’en vont. En Montérégie par exemple, lorsque j’ai formulé une demande d’information au Conseil régional des élus, pour savoir la destination des déchets municipaux, il aura fallu questionner plus d’une dizaine d’élus et de responsables pour connaitre la réponse : Ste-Cécile de Milton et surtout St-Nicéphore.
Voilà pourquoi, au volant de leurs gros camions de 18 roues, longs de 53 pieds, Lucien, Fernand, Mimi (faut quand même pas être sexiste) et autres sympathiques truckers, transportent le contenu compressé de 3 camions à déchets sur de bien longues distances. Vous voulez quelques exemples? Les déchets de Gatineau sont enterrés à Lachute, à quelque 115 kilomètres de là. Ceux provenant des municipalités de la Montérégie se dirigent 80 km plus loin comme je vous le disais, vers St-Nicéphore. Les ordures de Ste-Anne-des-Monts en Gaspésie s’en vont 274 km plus loin au LET de Rivière-du-Loup. Les immondices des Iles-de-la-Madeleine se payent une romantique croisière en bateau jusqu’à Matane ou Montréal, et filent ensuite en limousine, pardons, en camion vers Victoriaville, une balade de près de 1000 kilomètres. Le cas des Îles est cependant un peu spécial, car on a dû en effet fermer l’incinérateur. Cette exportation de déchets est de plus temporaire, car d’ici 2014 le Centre de recherches sur les milieux insulaires et maritimes (CERMIM) compte expérimenter et surtout trouver de nouvelles façons de faire, pour que les Madelinots puissent traiter complètement leurs déchets sur place, dans l'archipel.
Et puis, y’a pas que nos ordures qui se payent de fabuleux kilométrages pour se rendre là ou ça coute le moins cher, à court terme. Les matières recyclables aussi connaissent souvent le même sort. Ainsi la récu des Îles s’en va-t-elle aussi à Victoriaville… Les matières recyclables de la Haute-Côte-Nord vont se balader quant à elles à Lévis, 400 km plus loin... Même le très branché arrondissement du Plateau Mont-Royal a Montréal, confie une partie de la récupération de ses matières recyclables à l’entreprise SaniGestion (maintenant Véolia) à Québec… Le recyclage part donc pour Québec à 255 km plus à l’est, et parce qu’il faut bien en faire le tri, le verre refait ensuite 240 km vers l’ouest, car il doit prendre le chemin de l’usine de conditionnement à Longueuil… Le verre parcourra donc 500 kilomètres, pour terminer sa course à seulement 8km de sa provenance initiale.
J’en devine quelques-uns parmi vous qui sourient, mi-amusés d’abord, puis sans doute surtout mi-découragés, et pour cause. Car non seulement l’activité même de l’enfouissement est génératrice de pollution de l’eau, des sols et de l’air, mais le transport de marchandises en soi est celui qui est le plus énergivore et le plus polluant. Ressources NaturellesCanada (secteur transports) estime que les camions lourds, affectés au transport de marchandises sont justement ceux qui consomment le plus de carburant, mais aussi ceux qui dégagent le plus de Gaz à effet de serre (GES). Ces camions seraient responsables de 60% de tous les GES émis par les véhicules de transport au pays. Au Canada, entre 1990 et 2004, les GES produits par les camions lourds ont même augmenté de 83 %, surpassant du même coup, la quantité de GES libérés par nos 7 millions d'automobiles. Alors… Affirmer que les 300,000 voyages de camions de déchets au Québec, contribuent à envenimer l’environnement et notre état de santé global, tient de l’évidence.
 Curieusement, sur un strict point de vue logique (ou illogique c’est selon) il n’y a pas lieu, quand on y pense bien, de se surprendre que nos déchets voyagent autant… Ce serait même tout à fait « naturel » dans un contexte où on manque de vision globale et où on ne regarde pas plus loin que le bout de notre sac vert. Car avant même de devenir nos mal aimés cochonneries, nos ordures ont été nos convoités objets de désir, et pour ce faire, elles ont déjà parcouru d’importants kilométrages entre leur lieu de fabrication et nous. Peut-on se surprendre de voir nos déchets voyager autant, quand on sait qu’en moyenne au Québec pour arriver chez nous, les aliments, par exemple, voyagent 2500 kilomètres, entre leur champ et notre assiette. Non, mais tant qu’à être inconséquents, soyons-le jusqu’au bout…
Mais ce qui me titille encore plus, c’est que dans le cadre de l’officielle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, on se doit justement de favoriser la régionalisation… Et le principe n’est rien de moins que primordial. Ainsi, d’un coté, les régions devraient jouir d’une plus grande autonomie décisionnelle, mais aussi assumer, assumer oui, les responsabilités qui découlent de leurs actions, ce qui inclut évidemment la gestion responsable du flot de déchets générés par leurs citoyens… Cela va de soi… non ? Je vous disais quelques lignes plus tôt, que depuis peu, les déchets de la MRC de la Matapédia finissent leurs vieux jours en Mauricie. Paradoxal…quand on se rappelle qu'il n'y a de dix ans, la même MRC de la Matapédia s'était vu interdire, l'exportation de ses déchets vers le site de Saint-Nicéphore… Le décret, à l’époque, signé par le ministre de l'Environnement Paul Bégin, père de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, disait non à l’exportation de déchets, et rappelait qu’on se devait plutôt de préconiser une gestion régionale des déchets.
La question est donc toujours d’actualité et risque même de l’être encore plus, car la tendance à exporter ses déchets toujours plus loin risque de prendre de l’ampleur. Le gouvernement vient en effet de forcer la mise aux normes de tous les sites d’enfouissement qui n’avaient de sanitaires que de nom, entrainant la fermeture de biens des petits dépotoirs. C’est donc dire que dans bien des régions on devra aller toujours plus loin pour se débarrasser convenablement des ordures. De plus, ces très souhaitables modifications qui ont été apportées aux sites pour les rendre plus sécuritaires, ont souvent couté cher et entraineront des couts plus élevés pour accueillir chaque tonne de rebus. La tentation sera donc d’autant plus forte pour certaines municipalités d’aller là ou cela coutera le moins cher, c'est-à-dire plus loin vers les grands sites, qui eux peuvent se permettre de charger moins cher la tonne, en raison des grands volumes de déchets traités.
En terminant… Un citoyen paye souvent de 200 à 500 $ pour assurer le déneigement de sa cour, l’hiver venu, et on trouve ça normal… Alors, pourquoi se battre pour des économies de bouts de chandelles, quand pour un gros max de 200 $ par foyer, on pourrait s’occuper adéquatement et régionalement et des déchets, et des matières recyclables et des matières organiques compostables de chaque maison au Québec. Ça se fait déjà, par exemple à Victoriaville, de même qu’à St-Donat ou à Rawdon. On pourrait ainsi financer sur place et de façon responsable une meilleure gestion de nos matières résiduelles et arrêter d’étendre le problème. Pas besoin d’avoir un bac, pour comprendre ça…
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