Pour la quatrième année consécutive, Vivre en Ville, en collaboration avec Léger, rend publiques des données inédites dans le cadre de son étude sur le marché locatif, la plus grande dans l'histoire du Québec. Prenant en compte les dernières vagues de déménagement, ce sont les données les plus récentes disponibles qui permettent de prendre la pleine mesure de l'ampleur et de la persistance de la crise de l'habitation. La question se pose: sommes-nous aux débuts d'une nouvelle normalité?
Une détérioration alarmante pour les locataires
Malgré les annonces et les efforts des différents paliers de gouvernement et de leurs partenaires ces dernières années, on constate que la situation des locataires ne s'est pas améliorée. Le loyer moyen a bondi de 243 $ par mois depuis 2023, soit près de 3 000 $ de plus par année. La proportion des logements les moins chers s'effrite: une chute de 19% en 3 ans. C'était 75% des logements en 2023 qui avaient un loyer inférieur à 1 100 $ par mois. En 2026, cette proportion a chuté à 56 % ; à peine plus d'un logement sur deux est maintenant offert sous ce seuil.
«Si cette proportion est rapportée à l'ensemble du parc locatif québécois, on estime que ce sont plus de 300 000 logements qui ne sont plus accessibles à la population à ces prix (1100$ et moins). Soyons clairs: ces logements moins chers n'existent tout simplement plus dans le marché», déclare Alana La Rosa-Dancoste, coordonnatrice - Habitation et aménagement, Vivre en Ville et responsable du Registre des loyers.
Il n'est donc pas étonnant qu'un locataire sur 5 (21%) ait toujours de la difficulté à payer son loyer au Québec. Une proportion similaire dans tous les groupes de revenu en dessous de 100K$/an, à l'exception des moins de 20k$ pour qui cela monte à 29%. Cette précarité est encore plus marquée chez les familles monoparentales (34%) et chez les personnes ayant déjà été en situation d'itinérance (49%).
Ces données portent donc à croire que la crise de l'habitation continue d'avoir des effets délétères partout au Québec. Vivre en Ville souligne d'ailleurs que pour améliorer l'abordabilité, la Communauté métropolitaine de Montréal, qui regroupe 82 municipalités et près de la moitié du Québec, a adopté l'objectif de 5% d'inoccupation, plutôt que le seuil historique de 3%.
La clause G n'est pas réparée
Deux ans après l'adoption du «PL31», qui devait s'attaquer au problème du dysfonctionnement de la clause G (que reconnaissait explicitement la ministre de l'Habitation), le respect de l'encadrement du montant du loyer à travers la clause G reste inchangé depuis 2023. En effet, ce sont toujours près de 80% des locataires qui ne sont pas au fait du montant de la clause G de leur bail. Le Registre des loyers est donc toujours aussi nécessaire.
La population appuie toujours largement l'instauration d'un registre public et obligatoire. Selon un sondage Léger réalisé en août 2026, instaurer un contrôle gouvernemental sur l'augmentation du prix des loyers est une mesure à laquelle 74% de la population est favorable, contre 15% qui s'y oppose, ce qui en fait la deuxième mesure la plus populaire parmi celles proposées. De même, 82% des locataires québécois acceptent de partager leurs données de loyers sur celui-ci. Rappelons que de nombreux propriétaires (54%) sont aussi en faveur d'un autre mécanisme d'archivage des loyers qui ne passerait pas par la clause G (Étude sur le marché locatif résidentiel, propriétaire; Édition 2023).
Suite à cette étude, les inscriptions au Registre des loyers de Vivre en Ville auront atteint plus de 95 000, soit presque 8% du marché locatif québécois.
À court d'options
Les locataires sont à court d'options pour éviter les hausses de loyers faramineuses. Les personnes restant dans leur logement subissent, au cours de leur occupation, des augmentations de loyer représentant, en moyenne, 151$. Ce montant à augmenté de 127% depuis 2023. Pour ceux qui déménagent, la situation est pire. En moyenne, la différence entre le montant du loyer du logement précédent et celui à la signature d'un nouveau bail est quatre fois plus importante en 2026 qu'elle ne l'était en 2023.
«On entre dans une nouvelle normalité où les prix ne redescendent pas, ce qui pèse toujours plus lourd sur les épaules des ménages déjà en difficulté, mais aussi sur ceux qui ne se posaient pas la question de savoir comment joindre les deux bouts il y a quelques années. Resserrer la vis de la clause G n'a pas fonctionné, on l'a vu avec le PL31. Il est temps d'adopter le Registre des loyers et de sauver les unités abordables existantes », conclut Vanessa Normand, Codirectrice générale de Vivre en Ville.
Le rapport complet de l'étude Léger est disponible ici













